Implant basal : danger ou bon plan ?
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L’implant basal est-il risqué, dangereux ou est-ce simplement une méthode avant-gardiste trop peu connue ? Des implants plus profonds est-ce forcément plus solide ?

L’implant basal est un type d’implant dentaire à part. Sa caractéristique est qu’il est 2 à 3 fois plus long qu’un implant dentaire classique et qu’il se loge donc en profondeur dans les os du crâne, ce qui lui permet de faire certaines choses que les implants classiques ne permettent pas.
Ce type d’implant qui semble dangereux pour les uns mais révolutionnaire pour les autres fait encore polémique dans le domaine de l’implantologie dentaire. Mais alors qu’est-ce qui rend ces implants si attractifs et que lui reproche-t-on au juste ?

Implant Basal et implant dentaire classique
Pour faire la part des choses, il est utile de faire la comparaison de ces deux types d’implants.
Sur cette image, à droite un implant basal et à gauche un implant classique à la même échelle. L’implant dentaire classique mesure 1 à 2 centimètres de long, alors que l’implant basal mesure 3.5 à 5 centimètres de long. Cette longueur est ce qui fait sa particularité. L’implant basal s’insère donc dans l’os en profondeur qu’on appelle l’os cortical.
Cet ancrage en profondeur est à la fois ce qui lui procure un avantage pour ses adeptes mais c’est aussi ce qui constitue son principal défaut d’après les autres.

Implant basal, fausse bonne idée ou révolution ?

À l’instar d’un longue vis vissée en profondeur dans du bois ; du fait de son insertion en profondeur, l’implant basal possède une stabilité initiale meilleure que l’implant classique qui est plus court. De plus sa fixation dans l’os cortical en fait un type d’implant dentaire adapté aux personnes ayant trop peu de masse osseuse au niveau de la mâchoire supérieure. En effet, cela permet d’éviter d’avoir recours à une élévation de sinus si la hauteur d’os ne permet pas immédiatement la pose d’implants.

Ces deux avantages sont fortement mis en avant par les cliniques qui posent des implants basaux, notamment à l’étranger. À noter qu’en France on ne compte que 2 ou 3  dentistes qui proposent des implants basaux. Le fait que si peu de spécialistes d’implants basaux soient implantés en France ne semble pas être un signe encourageant pour ce type d’implant. D’autant plus, qu’en tapant la recherche « implant basal » dans Google en 2019, on tombe principalement sur des cliniques proposant l’implant basal uniquement à l’étranger. Sur ces sites on vante la possibilité de restaurer une bouche complète en seulement 3 jours, ce qui, d’après tous les dentistes interrogés représente une prise de risque considérable pour la santé du patient et la qualité du travail.

L’implant basal en bref

Il est aisé de comprendre que l’implant basal soit très attractif pour une personne souhaitant restaurer sa dentition rapidement. De surcroit si cette personne n’a pas assez de volume osseux pour accueillir des implants dentaires, cette technique permet d’éviter de passer par une élévation du sinus, ce qui dans certains car représente jusqu’à 6 mois d’attente supplémentaire.

Toutefois, ces raccourcis confortables pour le patient ne sont pas sans ajouter des risques supplémentaires liés à ce type d’implant.

Dans ce cadre on trouve aussi un son de cloche plus mitigé de la part d’une clinique dentaire sérieuse dont le discours place la sécurité du patient en priorité et qui, même si elle propose aussi des implants basaux dans certains cas spécifiques, ne proposent cette technique que si toutes les autres alternatives sont impossibles.

Les dangers de l’implant basal

D’après les dentistes interrogés, le danger de l’implant basal se partage en 4 catégories :

  • Un travail trop rapide et l’absence de suivi post-opératoire les jours suivants l’intervention,
  • La pose directe de la prothèse définitive sur une gencive fraichement opérée,
  • La chirurgie plus invasive,
  • Des risques accrus en cas de complication.

Sur cette image en 3D on peut observer que chaque implant basal pénètre en profondeur dans l’os zygomatique.

Les risques liés à l’implant basal

Dangers d’un travail trop rapide

Ce paragraphe concerne le cas des restaurations dentaires complètes qui sont proposées à l’étranger en 3 jours seulement.

Une restauration dentaire complète comporte une quantité d’étapes très importantes. De manière très simplifiée, voici les étapes principales : extractions des dents restantes, planification chirurgicale, pose d’implants dentaires, prise d’empreinte, fabrication des prothèses dentaires, essayages, fixation définitive.

En France, l’ensemble de ces étapes s’étalent d’habitude sur une durée de 6 à 18 mois avec de nombreux aller-retours entre le chirurgien, le dentiste et le prothésiste dentaire. Imaginer de faire toutes ces étapes en 3 jours demande un niveau d’organisation très complexe mais à ce niveau-là, tout est possible.

Ce qui a été soulevé par les chirurgiens interrogés, est surtout que lors du retour, les plaies de la gencive ne sont pas encore cicatrisées. Le risque d’infection est toujours présent et le patient qui rentre chez lui, ne subira aucun contrôle post opératoire dans les jours qui suivent cette intervention chirurgicale.

Danger de la charge immédiate

La fixation permanente de la prothèse définitive directement le même jour ou le lendemain de l’intervention pose deux problèmes. Tout d’abord, la prothèse va masquer les plaies qui ne seront plus accessibles ni pour un contrôle, ni pour un traitement si jamais elles s’infectent. Certes, des antibiotiques peuvent être donnés de manière préventive mais cela ne suffit pas toujours au niveau d’une plaie non cicatrisée.

Ensuite, suite à une extraction dentaire et à la pose d’implants, l’os de la mâchoire évolue durant quelques mois avant de se stabiliser. Il est donc possible que la prothèse soit adaptée à la gencive, juste après ce travail, mais que cette même prothèse ne sera plus adaptée aux gencives dans les mois suivants. Ce qui engendre un espace entre la prothèse et la gencive, dans lequel  la salive et les particules de nourriture pourraient se coincer et déclencher différent problèmes tels que mauvaise haleine, voir des infections.

La chirurgie plus invasive

Comme l’implant basal est plus long, l’orifice à faire pour le placer est beaucoup plus profond. Les risques liés à la chirurgie sont donc multipliés.

Les vis en titane sont utilisées en chirurgie reconstructrice et en orthopédie depuis des dizaines d’années dans différents endroits du corps humain (bras ou jambe a fracture spiroïdale, problèmes de vertèbres…). Toutefois l’implant dentaire basal est le seul qui reste en contact avec le milieu extérieur dans la bouche du patient alors qu’une vis en titane dans votre fémur est entièrement enfermée et protégée du milieu extérieur à l’intérieur de votre corps. Rappelons que notre bouche abrite en permanence des milliards de bactéries.

Risques de l’implant basal en cas de complication

Certes les complications sont rares mais aucune intervention chirurgicale ne peut se targuer d’avoir un taux de complications égal à zéro. Dans le cas des implants, on considère que le taux de complications fables et graves confondues est de quelques pourcents (infections, rejet de l’implant, infection, atteinte d’un nerf…).

Le problème de l’implant basal est qu’il est difficile de le retirer.

L’implant basal impossible à retirer en cas de problème

Le cas de l’implant basal est spécifique dans le sens que de par sa conception il est très compliqué de retirer un implant basal. Un implant classique peut toujours se retirer par la même méthode que pour une extraction dentaire chirurgicale.

Or pour un implant basal qui est beaucoup plus profond, la quantité d’os à supprimer autour de l’implant afin de le libérer empêche parfois simplement son retrait. De plus, cette opération ne peut être pratiquée par un dentiste. Il s’agit alors d’une intervention très complexe, qui doit être réalisée par un chirurgien maxillo-facial expérimenté.

Certains chirurgiens sont obligés de refuser de retirer des implants basaux à des patients ayant pourtant des problèmes car l’intervention leur fait courir un risque trop important. Ceux-ci sont alors obligés de vivre avec leur implant basal à problème.

Alternatives à l’implant basal

Greffe osseuse/ Sinus lift / comblement osseux/élévation du sinus

Chez une personne dont les dents ont été extraites depuis quelques années, le volume osseux n’est parfois plus suffisant pour la pose d’implants. En effet, l’absence de racine résulte en une perte osseuse plus ou moins prononcée selon la personne. Ce phénomène de perte osseuse s’étend sur plusieurs mois ou années, c’est pourquoi on recommande de remplacer une dent manquante par un implant dans les 3 à 5 mois suivant son extraction.

Pour les personnes qui n’ont plus assez d’os, il existe de nombreuses techniques permettant de reconstruire l’os perdu. Celles-ci portent des noms différents et complexes mais le but recherché est toujours d’ajouter un volume d’os suffisant pour la pose d’implants. Les méthodes différent aussi mais elles consistent toujours à ajouter une greffe d’os à l’endroit concerné afin que cette greffe se transforme en os solide. Pour cela différents matériaux artificiels ou d’origine naturelle sont utilisés.

Ces techniques sont bien connues et prédictibles. Elles permettent donc par la suite la pose d’implants dentaires classiques. Habituellement, le délai d’attente après pose d’une greffe osseuse est de minimum 6 mois. Cependant, chez certains patients n’ayant besoin que d’une petite quantité d’os supplémentaire, cette greffe osseuse peut se faire dans la même étape que la pose des implants dentaires. Cela ne prolonge donc pas forcément la durée du traitement.

Implants courts

Les implants courts, ou mini-implants sont des implants spécialement conçus pour éviter la greffe osseuse ou le sinus lift chez les personnes n’ayant qu’un faible déficit d’os dans la mâchoire. Ces implants peuvent être posés chez les patients ayant au minimum 6 millimètres d’os disponible. La solidité des ce type d’implant est la même que celle des implants classiques, toutefois leur prix est souvent plus élevé. Les marques d’implants qui fabriquent ce type d’implant sont par exemple Bicon (USA) et Bredent (Allemagne).

Exemple de cas adapté à l’implantologie basale

Un patient possède un déficit osseux au niveau du maxillaire et a besoin de fixer une prothèse totale. Ce patient a déjà été opéré différentes fois des sinus à cause d’infections à répétition au niveau des sinus, ces interventions n’a pas résolu ce problème d’infection persistante des sinus. Pour cette dernière raison, cette personne possède une contre-indication absolue à toute nouvelle intervention au niveau des sinus et dans son cas on pourrait envisager l’implantologie basale, à condition que les autres alternatives à l’implant basal ne puissent elles-aussi pas être utilisées.